FOIRE AUX QUESTIONS

Qu'est-ce que le Budget Participatif ?
Deux définitions permettent de cerner la notion de budget participatif.
  • Définition de l'UBIRATAN DE SOUZA, ancien élu du parti des travailleurs à Porto Alegre
Le Budget Participatif est un processus de démocratie directe, volontaire et universelle, par lequel les populations peuvent débattre et décider des budgets et des politiques publiques. Loin de se limiter à l'élection des détenteurs des pouvoirs exécutif et législatif, la participation du citoyen prend également la forme de décisions sur les priorités de dépense, et de contrôle de la gestion des pouvoirs publics. Le citoyen cesse d'être le faiseur de rois de la politique classique, pour devenir un protagoniste permanent de l'administration publique. Le BP associe la démocratie directe à la démocratie représentative, atout qui devrait être préservé et valorisé.
  • Définition de l'ONU HABITAT dans « Les 72 questions les plus fréquentes en BP »
Un Budget Participatif est un mécanisme (ou un processus) par lequel les populations décident de l'affectation de toutes ou partie des ressources publiques disponibles, et sont associées aux décisions relatives à cette affectation. Ces deux définitions mettent l'accent sur la participation des citoyens tout au long du processus budgétaire de la collectivité, de l'élaboration jusqu'au suivi (contrôle) de la gestion.

Né en 1988 à Porto Alegre au Brésil, le budget participatif, après sa phase d'expérimentation et de consolidation à l'intérieur du pays à travers une centaine de ville en l'an 2000, était en expansion dans le monde entier (Amérique latine, Amérique du nord, Europe, Afrique, Asie).
C'est ainsi que le budget participatif est apparu en Afrique au début des années 2000. En 2010, lors du sommet des villes d'Afrique (Africités 5), à Marrakech, on dénombrait 53 collectivités territoriales ayant adopté cette approche. Le Sénégal, le Cameroun et Madagascar sont à la pointe de cette évolution. Le mouvement s'étend progressivement à tout le continent. Le Mozambique et le Cap-Vert, avec six villes, rejoignent le mouvement en Afrique lusophone.
La première expérimentation du Budget Participatif en Côte d'Ivoire s'est faite dans la commune de Bouaké.

Pourquoi le Budget Participatif ?
Le professeur John Ackermann, coordonnateur du Programme de recherches sur la redevabilité, l'égalité et l'état de droit à la Faculté latino-américaine de sciences sociales de la ville de Mexico (FLACSO-Mexico) mentionne qu'il existe trois obstacles fondamentaux à la construction d'une bonne gouvernance et d'un État de droit dans le monde en développement : la corruption, le clientélisme, et la captation des marchés.
Ces trois phénomènes font référence à l'utilisation d'un office public en vue d'un gain privé, et leur impact va au-delà du simple détournement de fonds.
La corruption, outre qu'elle enrichit directement des bureaucrates individuels, fausse les marchés et entrave la fourniture du service. Le clientélisme, outre qu'il canalise de manière inéquitable des ressources publiques vers des groupes de clients spécifiques, altère les dynamiques de la compétition politique et mène à une fourniture inefficace du service public. La captation, outre qu'elle fournit des rentes à des acteurs économiques spécifiques, altère elle aussi grandement les marchés et aggrave la position des consommateurs, travailleurs et l'environnement entrepreneurial. Pour lui, le meilleur moyen de combattre ce monstre à trois têtes et garantir ainsi le caractère d'intérêt public d'un État est de renforcer la " redevabilité " du gouvernement.

Pourquoi le Budget Participatif en Côte d'Ivoire ?
En Côte d'Ivoire, les indicateurs de performance en matière de bonne gouvernance ont reculé de manière continue au cours de la période 1998-2011 du fait des crises successives que le pays a connues pendant la dernière décennie. Ce recul est illustré à travers l'indicateur « World Gouvernance Indicators » de l'Institut de la Banque Mondiale. Le score moyen de la gouvernance est passé de 41.6% en 1996 à 22.6% en 2015 du fait de la forte instabilité politique, l'affaiblissement de l'Etat de droit et l'impossibilité pour les citoyens de participer à la gestion des affaires publiques. Le pays est classé 115e/174 pays de l'Indice de perception de la corruption de Transparence International en 2015 indiquant que notre secteur public est extrêmement corrompu. Même si des progrès ont été réalisés, le mal persiste.

Pour faire face au défi du développement et la réduction de la pauvreté, le pays a entreprit des reformes en matière de gouvernance avec pour objectif de rapprocher les centres de décision des citoyens, accroître leur participation et partant l'efficacité du service public. Mais force est de constater que depuis le début de la décentralisation, la participation des populations dans le processus de prise de décisions reste encore faible ou voire inexistant. En Côte d'Ivoire, en dépit de la volonté politique exprimée par les gouvernants d'améliorer la gouvernance de nombreux progrès restent à faire dans la gestion des biens publics. D'où la nécessité d'une plus grande implication de la société civile dans l'amélioration de la gouvernance à travers l'exercice du contrôle citoyen.

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